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  • Elodie Lesourd

    Du 22 février au 16 mars 2014

    Eleventh Walk

    Elodie Lesourd développe depuis une dizaine d’années un travail pictural inspiré de l’univers du rock dont elle manipule les codes et les symboles. Elle s’est fait connaître par sa série de peintures hyperrockalistes qui représentent des traces d’installations liées à cette musique dans un style hyperréaliste. En figeant des fragments d’installations d’autres artistes, elle interroge la pérennité de l’œuvre, sa documentation, son archive.

    Pour le Project Room, Elodie Lesourd propose une exposition inspirée du black metal, une forme plus marginale du rock, qu’elle confronte à l’art, son histoire et ses institutions. Imaginant une suite aux Rêveries du promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau, elle intitule son exposition Eleventh Walk (onzième promenade) et prend la forêt comme le lieu fantasmé d’une quête romantique où se croisent les expériences les plus mystiques, la littérature et le black metal. Ce mouvement musical, aux sonorités agressives, s’est développé dans les pays scandinaves au début des années 90 et déploie un imaginaire très sombre voire macabre autour de thématiques liées à l’isolement, la folie et le repli. Si certains groupes s’inspirent de mythologie et de paganisme, allant jusqu’à prôner des idées ouvertement fascistes, d’autres trouvent une ouverture vers le nihilisme et les philosophies orientales. Malgré ses dérives, cette musique s’est popularisée formant une contre-culture rebelle souvent adolescente, et une source de réflexion et d’inspiration pour une jeune génération d’artistes. Baignée par cette culture musicale et ses codes visuels, Elodie Lesourd s’en sert pour nourrir une pratique artistique et opérer des rapprochements formels et sémantiques. Reprenant notamment des matériaux censurés, Elodie Lesourd revendique la liberté d’usage de ces formes tout en les accompagnant de nombreuses sources et références croisées. Cette approche transgressive ne manque pas de générer un certain nombre de questions pour l’institution qui a choisi de l’inviter.

    Le projet d’Elodie Lesourd est conçu en trois volets qui expérimentent différentes configurations d’accrochage. Les œuvres exposées font référence à la culture black metal en mettant en exergue des symboles, des rituels ou des propos blasphématoires parfois très polémiques. L’artiste s’approprie ainsi des symboles qu’elle fait migrer dans le champ de l’art contemporain, en leur appliquant ses codes : installation d’objet détournés (des mediators de guitare), tableaux "conceptuels" constitués de lettrages inversés, ou sculptures murales "informelles" réalisées en résine. Chaque pièce devient le prétexte d’un apprentissage technique et d’une mise en œuvre laborieuse, dont le résultat, impeccable, rappelle l’univers visuel de référence tout en flattant le regard. Ainsi le traitement plastique propose moins une distanciation qu’un prolongement et interroge, de ce fait, l’ambiguïté des signes agencés, entre détournement et choc visuel. En ce sens, le travail d’Elodie Lesourd n’est pas "critique", il ne dénonce pas, mais il agence, il déplace, il réfléchit ses propres conditions d’émergence. Toutefois, il peut également être lu comme une provocation, et si l’intention de l’artiste n’est pas subversive au départ, cet effet peut aussi servir de levier pour en saisir les enjeux.

    La forêt d’en haut est une installation faite d’aluminium adhésif qui reprend un motif de boiserie chinois, prélevé sur un portrait photographique du célèbre archéologue et poète Victor Segalen, et étendu à l’ensemble de la pièce. L’installation met en jeu l’apparition ambiguë d’un symbole perdu dans la masse : le svastika, symbole spirituel présent dans les cultures orientales étudiées par Segalen, mais qui porte également le poids de l’histoire et de son usage néonazi. Le titre de l’œuvre évoque la forêt de Huelgoat, lieu de promenades pour Segalen mais également lieu de cultes nocturnes pour le groupe d’adolescents True Armorik Black Metal que l’artiste cite en référence. Si, pour Elodie Lesourd, le déploiement des lignes dans l’installation évoque notamment une extension spatiale de la pensée en rhizome, il est intéressant de questionner la charge historique des symboles qu’elle utilise et la manière dont ils influencent la réception de l’œuvre. L’installation, à la fois décorative et tentaculaire, conduit ainsi à réfléchir sur les limites de l’œuvre d’art : de son habillage textuel (titre, cartel…) qui informe le regard ou le détourne de ce qu’il voit, à son cadre idéologique qu’il s’agisse de ses références ou de son contexte de présentation… Mêlant sources savantes et populaires, les œuvres d’Elodie Lesourd constituent de véritables pièges pour le regard et deviennent le support d’une réflexion sur la manière dont notre regard est séduit, éduqué, conditionné ou alerté.


    Vernissage : vendredi 21 février à 18h30
    Accès libre

    Dans le cadre du festival Les Hivernautes
    Performance : lundi 10 mars à 18h30

    Les performances d’Elodie Lesourd sont le prolongement musical des réflexions mises en place dans son travail plastique. Au Quartier, elle explore les sonorités rugueuses comme vecteur de déconstructions de codes et de genres singuliers.
    Gratuit


    Eleventh Walk - phase 2 Eleventh Walk - phase 3 Eleventh Walk - performance

    Autour de l'exposition